concert et opéras

Voix Nouvelles 2018 – Un bon millésime et de bons crûs !

Rising Star, voix nouvelles 2018 – Chapelle Corneille – 7 février 2018 – 20 heures. Hélène Carpentier, soprano. Caroline Jestaedt, soprano. Eva Zaïcik, Mezzo-soprano. Kevin Amiel, ténor. Gilen Goicoechea, baryton. Mathieu Pordoy, piano.

Ils étaient cinq jeunes lauréats du concours Voix nouvelles 2018, à venir faire vibrer de leur talent les voutes de la chapelle Corneille. Comme le veut la tradition désormais établie depuis 40 ans, ces jeunes sélectionnés parmi 607 autres talents ont entamé une tournée que l’on peut qualifier de triomphale. C’est ce concours qui a contribué à révéler Nathalie Dessay. Ce mardi 6 février, la chapelle Corneille convenablement remplie n’était pourtant malheureusement pas comble. L’évènement n’ayant pas bénéficié de la notoriété qu’aurait mérité l’étape rouennaise de ce grand moment musical français aux échos internationaux.

Pourtant, le répertoire, comme il se doit, était tissé de grands airs lyriques, avec un fil d’or très prononcé pour le romantisme Français. Lakmé, Romeo et Juliette, Carmen, les pêcheurs de perles, la veuve joyeuse ou encore Cendrillon ont permis à ces jeunes chanteurs de livrer le meilleur d’eux-mêmes. Et, disons-le sans flagornerie, le millésime 2018, très bon par lui-même, recèle de grands crûs à suivre. De la complicité entre les jeunes chanteurs nous percevions, outre la qualité des voix et la grande maitrise technique, une véritable disposition, une aisance même à tenir la scène comme acteur, à l’exception peut-être du jeune ténor toulousain, Kevin Amiel, plus statique et moins libre dans la grâce de son jeu.

Pris l’un après l’autre, chacun révèle ses talents et parfois ses perspectives de progressions. Douées d’une vraie qualité de jeu et d’une souplesse de voix d’une ampleur rare, la mezzo-soprano Eva Zaïcik  et la soprano Caroline Jestaedt, n’ont pourtant pas su gérer l’acoustique subtile de la chapelle. Souhaitant faire briller la puissance sans aspérité de leur timbre, elles ont visiblement préféré la performance à la partition, saturant à l’excès parfois franchement pénible la capacité de la salle, ce qui ne permit pas de mettre en valeur la haute qualité de leur jeu de nuances dans Lakmé, manquant par ce travers de la profondeur acoustique qui lui aurait donné vie. Mais ce défaut de vie ne se retrouva pas dans l’excellente Carmen que campa Eva Zaïcik. Si la question de la personnalité de la jeune bohémienne est toujours ouverte, de par l’ambiguïté de la tessiture choisie par Bizet, la chanteuse belge choisît de donner une puissance d’incarnation telle qu’il semblait que jamais on eut pu douter du tempérament tout aussi puissant que guilleret de l’espagnole. Cette Carmen incarnée et d’apparence inébranlable cachait une innocente légèreté dans le jeu d’accents parfaitement placés.

Mais le duo avec le ténor ne s’accordait pas tant les timbres de voix et le style de chant des deux solistes étaient éloignés. Kevin Amiel, capable de servir de subtils posés de notes, heurtait cependant souvent l’aigu, laissant une petite déception, notamment dans la superbe maîtrise des montées harmoniques, progressant avec un naturel déroutant de facilité. Timbre de voix plus sec que les quatre autres chanteurs, un chant moins habité, on sentait à chaque duo du ténor une distance se créer avec son tandem qu’il soit baryton, soprano ou mezzo-soprano.

Si Caroline Jestaedt possède moins de puissance incarnée que Eva Zaïcik, elle excelle dans la finesse cristalline des subtilités qu’il s’agisse des aigus ou des nuances. De merveilleux coulés, roucoulants et expressifs, même si le hoquetant de Rigoletto trahissait plus de technique que de liberté ouverte. Les deux sopranes, aux voix déjà assumées et promises à de belles carrières, ont pourtant montré les limites d’une palette de répertoire. Verdiennes assurément, le style Offenbach ne passait pas avec elle. Trop lourd, trop charnu, la dentelle de notes et de légèreté était littéralement plombée, non par un défaut de technique, mais par le décalage entre la spécifié de la voix et les besoins de la partition. Enfin, deux grands crûs à suivre ! Gilen Goicoechea porta haut le registre du Baryton. Extraordinaire maîtrise de la stabilité et de la puissance sur toute l’étendue de la tessiture, comme de l’amplitude des nuances. Une musicalité habitée de profondeur sonore, d’une richesse de couleur artistique, bref d’une véritable âme musicale. Et plus encore, s’il nous est permis de décerner une palme à l’un de ces lauréats, elle revient, et de très haut dans cette déjà fort belle constellation, à la soprano Hélène Carpentier. Tout y est ! Il semble que la technique comme l’expressivité musicale font corps avec la chanteuse pour n’être qu’une émanation d’équilibre et d’harmonie, de subtilité et de force. Les notes sortent du silence ou d’un accord du piano pour se poser sur un écrin de velours. Il est des voix qu’on ne peut dire qu’il faut entendre. Imaginez seulement ce que fut son duo avec le baryton et vous aurez une idée du charme qui explosa en tonnerre d’applaudissements.

Cyril Brun

crédit photo Hélène Carpentier @ Florent Drillon – ADAMI

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