concert et opéras

Jancek – Emouvante disparition au Théâtre des Arts

Journal d’un disparu, Leos Janeck- Tagebuch, Annelies Van Parys, mise en scène Ivo Van Hove, Ed Lyon, Ténor, Marie Hammard Mezzo-soprano, Lada Valesova, piano – Théâtre des Arts, 8 février 2019 – Rouen

La salle était bien vide ce vendredi soir pour venir parcourir le journal d’un disparu de Leos Janacek. Une lecture scénographiquement intéressante quoiqu’il ait fallu un temps certain pour entrer dans les émouvants souvenirs de Janicek, ce jeune homme désormais âgé, dédoublé sur scène en deux personnages, comme deux hémistiches d’un même vers. Il fallait, en effet, bien des efforts pour prendre la distance imposée des paroles narrant le souvenir des sous-bois et des bœufs dans un intérieur de col blanc. Mais le jeu était d’une sobre expressivité, laissant peu à peu le récit passé prendre possession de la pièce, comme de l’amphithéâtre. Sur un jeu de photos sorties de la mémoire autant que de l’inconscient la déchirure du cœur de Yannick se fait déchirure de l’âme et la musique de Janacek, épurée comme une lame acérée, peut transpercer d’une émotion poignante le public à son tour plongé dans la blessure d’amour autant que de regrets du disparu.

Si la partition, d’une redoutable efficacité émotive, avait pour écrin une mise en scène aussi épurée que l’écriture musicale, elle était surtout servie avec un subjuguant équilibre par les chanteurs et peut-être plus encore par la pianiste Lada Valesova qui fit de la douceur de son touché, l’unité de la pièce. Fluidité, délicatesse, chacune de ces notes, si rares et choisies, du compositeur prenaient la dimension d’un orchestre sous ses doigts. Dans cette sobre douceur, les voix se glissaient, ondoyantes comme le souvenir évanescent. Ed Lyon et Marie Hamard, disparaissant dans les effluves du rêve,, laissèrent à leurs voix chaudes et sans défaut, de porter l’émotion musicale au grand art de la suggestion à peine susurrée à l’oreille, mais terriblement envoutante.

A l’œuvre de Janeck s’est ajouté, comme une modulation naturelle et discrète une composition contemporaines d’ Annelies Van Parys offrant au trio de voix féminines une place plus centrale, discrètement nimbée dans ce qui fut assurément une soirée d’intense émotion servie par la force des compositions auxquelles ces artistes ont donné l’âme de leur talent.

Cyril Brun

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