concert et opéras

Quatuor Yako, toute la fougue de la respiration beethovenienne à Bolbec

Les Musicales de Normandie battent leur plein et font le plein. Après une ouverture en demi-teinte avec les dames d’Offenbach musicalement pas en place du tout, nous avons fait un bond de jouvence dans l’excellence avec le jeune quatuor Yako qui sut charmer, mais plus encore émouvoir, le public d’abonnés et de locaux présent en cette soirée du 9 juillet à l’église de Bolbec. Ecrin superbe au diapason des quatre jeunes musiciens issus du CNSM de Lyon que dirigea un temps un enfant de Bolbec.

Au programme, le classicisme sous diverses formes. Haydn, éminent représentant de ce que l’on appelle au sens strict le classique, Beethoven à la charnière de celui-ci et du romantisme et Mendelssohn un grand romantique aux lignes classiques.  Un programme en mineur quinte par quinte autour de cette superbe tonalité d’ut mineur, qui pourtant porta la vivacité invariablement joyeuse de papa Haydn, et ce rien primesautier de Beethoven. Si le quatuor dit « le cavalier » du maitre d’Esterházy semblait moins muri sous les archets que les deux autres pièces, il n’en gardait pas moins cette unité en tension joyeuse dans une ligne musicale qui permit la mise en valeur de ce style si typiquement et uniquement classique, donnant à l’œuvre sa légèreté singulière. Si on pouvait noter un manque d’ensemble parfois, notamment du fait d’un timide retrait de l’altiste, la profondeur du violoncelle tenait à elle seule la cohérence musicale, comme cette trace évanescente qu’on assignait autrefois au basso continuo.

Ni retrait ni timidité pour le quatuor en ut mineur de Beethoven. Au contraire, le public a pu découvrir toute la fougue de la respiration beethovenienne. Beethoven présent, anguleux et chaud porteur de son indéfectible espérance dont la lumière perle même sous ce do dièse mineur. C’est bien ainsi que les quatre jeunes musiciens ont su traduire, enlacés en ut mineur, les traits saillants d’optimisme du maitre du quatuor.

Mais, le quatuor Yako ne se contente pas de faire vibre le timbre, la virtuosité des allegro con brio ou l’haletante respiration d’une partition, il saisit l’âme de la musique et y transporte le public. C’est ainsi que l’émouvant fa mineur du quatuor de Mendelssohn retint le souffle sous les voutes de l’église classique de Bolbec. Le public qui jusque-là reprenait la vielle habitude d’applaudir entre les mouvements, laissa au silence toute sa portée musicale, tant, à son tour, il respira, pleura même, avec Felix devant sa sœur mourante. Si le tempo nous a paru rapide, il n’en perdit, en tout cas, rien de sa charge émotive, réussissant l’enjeu de tout compositeur romantique, faire passer au public ses propres émotions.

Concert entendu le 9 juillet 2019 à l’église de Bolbec dans le cadre des Musicales de Normandie

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